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Le bureau de liaison industrielle (ILO pour «Industry Liaison Office») a été conçu pour instaurer la confiance et la communication entre les chercheurs et l’industrie. Au lieu de considérer les scientifiques comme des prestataires de services et les entreprises comme des clients, il a envisagé la relation comme une collaboration, fondée sur des besoins partagés et une expertise complémentaire. Ce changement s’est avéré déterminant.
Parler la même langue
L’ILO endosse le rôle d’interprète entre les deux parties. Les chercheurs universitaires ont apporté leur créativité et des plateformes de criblage avancées, et ont posé des questions guidées par la curiosité. L’industrie a apporté sa connaissance des besoins cliniques, des réalités réglementaires et des démarches à suivre pour faire sortir une molécule du laboratoire. L’ILO a fait le lien entre les deux d’une manière qui s’apparente plus à de la mise en relation qu’à de la gestion.
«La découverte de médicaments est trop complexe pour être gérée par un seul groupe», explique Mabel Loza, professeure de pharmacologie au Centre de recherche CiMUS en Espagne. «L’ILO a créé un espace neutre où l’industrie et les universités peuvent s’asseoir à la même table et partager leurs problèmes et leurs solutions.»
Ce terrain neutre s’est avéré très fertile. Dans le cadre du projet EU-OPENSCREEN-DRIVE, l’ILO a coordonné six projets de collaboration (appelés nœuds technologiques) à travers l’Europe, chacun proposant des outils et une expertise spécialisés, allant du criblage à haut contenu à la chimie médicinale. Ces nœuds étaient plus que de simples centres de recherche, ils sont devenus des points d’accès pour les entreprises, en particulier les petites et moyennes entreprises (PME) qui ne disposaient pas des ressources nécessaires pour construire elles-mêmes une telle infrastructure. Pour la première fois, de nombreuses entreprises ont pu accéder à de vastes bibliothèques de composés, à des essais validés destinés à cribler les médicaments candidats potentiels et au savoir-faire technique nécessaire pour les utiliser.
Faire fonctionner les partenariats
Les résultats ont été remarquables. Six projets conjoints ont été lancés sous l’égide de DRIVE, associant des groupes universitaires à des PME et des entreprises pharmaceutiques. De nombreux résultats ont été appliqués à un haut niveau, favorisant le développement de nouvelles technologies d’analyse telles que NanoBRET avec Promega, et CETSA avec Revvity et les sites partenaires USC, Fraunhofer et l’Institut Karolinska. En normalisant les règles d’accès, les cadres juridiques et les accords de propriété intellectuelle, l’ILO a supprimé les obstacles bureaucratiques qui peuvent souvent entraver les collaborations.
«L’une de nos priorités était de faciliter l’accès», explique Mabel Loza. «Les entreprises doivent savoir à quoi elles peuvent s’attendre, comment les données seront partagées et comment la propriété intellectuelle est traitée. Une fois que ces règles ont été clarifiées, elles étaient moins réticentes à se rallier au projet.»
Pour maintenir cette dynamique, l’ILO s’est appuyé sur un rythme régulier: des réunions annuelles en présentiel à Saint-Jacques-de-Compostelle, Oslo et Berlin; des points de situation réguliers en ligne tous les deux mois; et des groupes de travail axés sur les problèmes. Partir d’objectifs finaux définis («transfert réciproque») a permis de concrétiser les projets et d’aligner les partenaires.
Les avantages n’étaient pas unilatéraux. Les universitaires ont ainsi été confrontés à des problèmes concrets et ont eu l’occasion de voir leurs recherches mises à l’épreuve au-delà des murs de l’université. Les partenaires industriels ont non seulement acquis des données, mais aussi de nouvelles méthodes et des perspectives scientifiques innovantes. Selon Mabel Loza, ces rencontres ont souvent remis en question les idées reçues des deux camps. «Nous avons appris que l’industrie et le monde universitaire pensent différemment, mais que la combinaison de ces points de vue permet d’améliorer la science.»
Du laboratoire au changement durable
Des ateliers et des séances de formation ont aidé de jeunes chercheurs à comprendre les besoins de l’industrie, tandis que les entreprises ont constaté la valeur d’un travail exploratoire, guidé par la curiosité. Le bureau a également mis en place des réseaux qui s’étendent désormais bien au-delà du projet DRIVE initial.
Dans le cadre du nouveau projet IMPULSE, financé par l’UE, le modèle de l’ILO est étendu pour générer de nouveaux nœuds technologiques et scientifiques, s’attaquant à des défis biomédicaux urgents, notamment des tests pour des cibles sans précédent et même des tests basés sur du matériel de patient.
Pour Mabel Loza, leur réussite est indéniable: «L’ILO montre que la collaboration est non seulement possible, mais aussi productive. Nous avons créé des structures durables et des partenariats qui ne cessent de se développer.»
Alors que l’Europe cherche à accélérer la découverte de médicaments et à relever les défis mondiaux en matière de santé, le succès discret de l’ILO d’EU-OPENSCREEN pourrait être l’une de ses contributions les plus précieuses: un rappel que les plus grandes avancées commencent parfois par une simple conversation.
